
Estelle Youssouffa interpelle le gouvernement : « Mayotte n'a plus rien à perdre »
À l'Assemblée nationale, la députée Estelle Youssouffa dénonce le non-respect des engagements financiers pour la reconstruction de Mayotte et annonce son vote en faveur d'une motion de censure.
À l'Assemblée nationale, la députée de Mayotte Estelle Youssouffa a livré une intervention ferme et sans concession à l'adresse du Premier ministre et du gouvernement. Au cœur de son discours : le respect des engagements financiers pris pour la reconstruction de Mayotte après le passage du cyclone.
## Des engagements financiers jugés insuffisants
La députée rappelle avoir mené, durant plusieurs semaines, des négociations approfondies avec le cabinet du gouvernement ainsi qu'avec les ministres Amélie de Montchalin et Aurore Bergé, afin d'augmenter l'enveloppe budgétaire destinée à Mayotte.
Lors de ces discussions, l'État s'était engagé à prévoir :
- **673 millions d'euros** en autorisations d'engagement - **432 millions d'euros** en crédits de paiement pour 2026
Mais la députée affirme avoir réclamé **un milliard d'euros** pour l'année prochaine, considérant l'ampleur de la situation sur le territoire.
Or, selon le courrier adressé aux députés ultramarins par la ministre des Outre-mer, l'enveloppe annoncée serait désormais de 674 millions d'euros en autorisations d'engagement, sans mention claire des crédits de paiement.
> « Le compte n'y est pas, et c'est peu de le dire. »
Pour la parlementaire, l'absence d'engagement ferme sur les crédits de paiement — près de 400 millions d'euros attendus — constitue une rupture de confiance.
## Reconstruction : des projets anciens recyclés ?
La députée dénonce également une stratégie qu'elle juge trompeuse. Selon elle, la loi de reconstruction portée par le gouvernement François Bayrou inclurait principalement des projets déjà annoncés ou engagés avant les cyclones précédents (Shido, Fido), notamment :
- Production d'eau potable - Hôpital - Cité judiciaire - Aéroport
> « Il n'y a rien de neuf dans la reconstruction pour Mayotte. »
Elle conteste l'argument selon lequel Mayotte ne serait pas en capacité de consommer les crédits faute de projets suffisamment mûrs.
## 502 millions d'euros : le coût des secours, pas de la reconstruction
Le gouvernement met en avant 502 millions d'euros dépensés l'an dernier pour Mayotte. Mais pour la députée, il s'agit essentiellement du coût des secours et de l'aide d'urgence.
Elle pose une question directe :
> « À quel autre territoire français présenteriez-vous la facture de sa survie en la déduisant de sa reconstruction ? »
## Une situation explosive sur le terrain
La députée décrit un territoire toujours en grande difficulté :
- Manque persistant d'accès à l'eau potable - Entreprises locales fragilisées - Collectivités en attente de remboursements - Pression migratoire accrue - Reprise des violences - Hausse de 25 % du prix du ciment liée à des mécanismes fiscaux non négociés au niveau européen
> « L'île est une cocotte-minute. »
Elle estime que l'augmentation du coût des matériaux de construction freine directement la reconstruction et pénalise lourdement les Mahorais.
## « La confiance est rompue »
Face à ce qu'elle considère comme un non-respect des engagements, la députée annonce clairement sa position :
- Vote en faveur d'une motion de censure - Refus d'accorder un blanc-seing au gouvernement - Absence de crainte face à une éventuelle dissolution
> « Mayotte n'a rien à perdre. Nous avons tout perdu. »
Elle adresse un avertissement : chaque vote à venir sera l'occasion pour le gouvernement de revoir sa copie.
## Un message politique fort
Au-delà du débat budgétaire, l'intervention d'Estelle Youssouffa s'inscrit dans un contexte de tension institutionnelle autour de la reconstruction de Mayotte.
Le message est clair : la députée exige des engagements fermes, chiffrés et immédiatement mobilisables, considérant que l'île ne peut plus attendre.
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